Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

samedi 5 août 2017

Le Géant du Grand Nord - Yellowstone Kelly, Gordon Douglas (1959)

Luther Kelly, un trappeur, ayant sauvé la vie du chef indien Gall, a l'autorisation de poser des pièges sur le territoire des Sioux. Il est aidé par son assistant Anse Harper. Kelly refuse de guider l'armée fédérale à travers ce territoire. Sur le chemin du retour, Kelly et Harper sont faits prisonniers par Sayapi, le neveu de Gall. Les deux trappeurs réussissent à soustraire Wahleeah, une jeune indienne, des griffes de Sayapi. Cependant, le major Towns, mégalomane arriviste, fou de rage du refus de Kelly, tente d'envahir les terres réservées aux Indiens...

Le Géant du Grand Nord marque la deuxième collaboration entre Gordon Douglas et le scénariste Burt Kennedy après la grande réussite que fut Sur la piste des Comanches (1958). Ce film fut aussi l'occasion de révéler l'imposant Clint Walker, star de la série tv Cheyenne qui trouvait là son premier rôle marquant au cinéma. Le trio se retrouve donc pour ce film au ton bien différent. Clint Walker incarne ici Luther Kelly, un trappeur ayant réellement existé et dont un texte déroule la légende en ouverture, à savoir sa connaissance des terres sioux du Missouri qu'il est le seul à avoir exploré. Comme dans Sur la piste des Comanches, Gordon Douglas exploite l'allure intimidante et la nature taiseuse de Clint Walker pour dévoiler la nature solitaire de Kelly.

Tout tend à appuyer ce détachement du monde et des hommes à travers ses longues périodes d'isolation passées à poser ses pièges, et le retour à la civilisation ne se fait que pour vendre les peaux de loups acquises et acheter d'autres pièges. Le personnage ne semble même pas savourer une quelconque communion avec la nature ni entretenir un lien avec les sioux (la raison pour laquelle il peut traverser leur territoire sans être menacé se révèlera plus tard) et aspire simplement à la monotonie et solitude de cette existence réglée. Tout le scénario tend ainsi à le rapprocher des autres dans une dimension à la fois humaniste (dans la relation paternelle entretenue avec le jeune Harper (Edd Byrnes)) mais également pro-indienne et amoureuse avec la belle Wahleeah (Andra Martin) dont il se retrouve bien malgré lui en charge.

Le film prend ainsi le total contrepied du déluge d'action de Sur la piste des Comanches pour une atmosphère posée et intimiste, où l'action ne dépasse l'espace de la cabane et ses alentours. L'interprétation inégale (Ed Byrnes sans charisme qui emmène l'ensemble vers une certaine mièvrerie par moment) fait parfois patiner le récit mais Gordon Douglas parvient à finement jouer de cette proximité en jouant du désir contenu, des regards à la dérobée et des sentiments naissant qu'éveille Wahleeah sur Kelly et Harper. Le caractère gauche et balourd dans les sentiments de Clint Walker le sert plutôt bien et contribue à la sensualité feutrée de certains moments grâce à la présence lascive d'Andra Martin - et la photo de Carl E. Guthrie dans son travail sur la pénombre. Ce détachement de façade de Kelly le rend finalement plus humain, à l'opposé de tous les autres protagonistes réduit à une quête obsessionnelle : Le chef sioux Gall (John Russell) et son neveu (Sayapi) risquant tout pour posséder Wahleeah, et le Major Towns (Rhodes Reason) emmenant ses hommes vers une mort certaine pour traquer les sioux.

Certaines facettes auraient pu être plus fouillées (l'expérience de l'armée cause de la misanthropie de Kelly, la mégalomanie du Major Towns) mais ne dépasse malheureusement pas le stade l'esquisse. Visuellement si on peut déplorer parfois des extérieurs studio un peu trop voyant, Gordon Douglas fait une nouvelle fois preuve d'un époustouflant brio dans l'action même si parcimonieuse. L'empoignade où Kelly corrige une dizaine de soldat est du formidable énergie, et surtout comme souvent avec le réalisateur la violence est brutale et douloureuse avec des débordements sanglants inattendus tout au long du film. Pas une réussite au niveau de Sur la piste des Comanches mais un bon moment tout de même.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire