Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mercredi 13 décembre 2017

I Want to Go Home - Alain Resnais (1989)


Joey Wellman, habitant de Cleveland, auteur d'un comic-strip « syndiqué » un peu oublié, Hepp Cat, se rend en France où est organisée une exposition sur le thème de la bande dessinée. Sa réelle motivation est de retrouver sa fille Elsie étudiante depuis deux ans à Paris où elle fuit la culture américaine, qu'elle abhorre, et son père, qui en est un produit typique. Joey propose à sa fille de venir passer le week-end à la maison de campagne d'un brillant intellectuel parisien rencontré le soir même : l'intellectuel en question n'est autre que Christian Gauthier, spécialiste de Flaubert à qui Elsie tente en vain de faire lire sa thèse.

I Want to Go Home est une des œuvres les plus incomprise et mal-aimée d’Alain Resnais. Remis en selle par le succès de Mélo (1986), le réalisateur décide pour son projet suivant de signer un film témoignant attrait pour la comédie musicale et évoquant les rapports entre la France et les Etats-Unis. Il décide de collaborer au scénario avec Jules Feiffer, homme-orchestre auteur de roman, pièces de théâtre ou déjà quelques scripts pour le cinéma. Mais surtout, Jules Feiffer est célèbre pour son travail dans la bande-dessinée avec des comic-strip écrits et dessinés pour le New Yorker, Playboy, Rolling Stone et aussi son travail d’historien du Huitième art avec The Great Comic book heroes, un des premiers essais sérieux sur la bande dessinée. Resnais bien que féru de bd n’y voit pas un sujet possible pour le film et Feiffer articule d’abord son script sur l’idée d’un ancien combattant revenant sur les lieux du Débarquement. Cette approche est finalement abandonnée pour une trame redonnant une place centrale à la bd dans une comédie sautillante.

I Want to Go Home est certes une ode à la bande dessinée mais qui l’utilise surtout comme prisme d’une thématique plus profonde. Dans un premier temps Resnais en use comme une figure de fossé culturel entre la France et les Etats-Unis. L’américaine Elsie (Laura Benson) fuit donc ainsi son pays, l’étroitesse provinciale de sa ville de Cleveland et la culture vulgaire de son pays (symbolisé par les bd de son père) pour une France fantasmée dans ses grandes figures littéraires (Flaubert, Racine, Jean-Paul Sartre…). Son père Joey (Adolphe Green) vient la voir après deux ans d’exil sous prétexte d’une exposition sur la bd et au contraire dès ses premiers pas en France semble prêt à rebrousser chemin face aux mœurs locales rugueuses. Enfin l’intellectuel Christian Gauthier (Gérard Depardieu) voue une admiration sans faille à Joey et à cette culture américaine loin du snobisme de l’intelligentsia parisienne. 

Tout dans l’entrée en matière très enlevée vise à figer les personnages dans un cliché. L’américaine à Paris cherchant maladivement l’assimilation pour Elsie, à l’inverse le touriste américain critique et craintif sur tout ce qui le dépayse pour Joey et enfin le mondain désinvolte et volubile avec Gauthier. Ces archétypes se prolonge avec leur entourage, voir cette exposition bd où se côtoient une Geraldine Chaplin superficiellement en extase, John Ashton caricature du réalisateur américain alcoolique bas du front et quelques snobs dénigrant ce qu’ils voient pour toujours les comparer aux « arts majeur ». Resnais donne donc dans la comédie de situation enlevée mais assez prévisible (les taxis parisiens forcément odieux) avant de révéler ses véritable intentions.

Tous les archétypes ne s’articulent que dans des scènes collectives (Joey perdu dans Paris, la scène de vernissage) ou solitaire laissant le protagoniste fantasmer le pire comme le meilleur. Ce seront les séquences intimistes qui révèleront que plus qu’une culture ou un pays, c’est la peur de l’oubli qui fait courir les personnages. Cette facette s’exprimera pour chaque personnage de façon tour à tour bienveillante puis douloureuse. L’attitude détestable de Joey s’estompe lors de la belle scène où il narre son parcours de cartoonist à Gauthier, que Resnais ponctue d’ellipse en forme de case arrondie de bd. Son art se fige ainsi dans un passé révolu (où il se plait à citer ses contemporain comme  Herriman, Eisner, Spiegelman ou Al Capp, références qui ne parleront d’ailleurs pas au public français d’où l’échec commercial) alors qu’on apprendra qu’il n’est presque plus édité aux Etats-Unis et notamment dans sa ville de Cleveland. 

Elsie fuit quant à elle inconsciemment la douleur de la séparation de ses parents dont elle ne s’est jamais remise et voit la France et sa culture comme un refuge à ses manques affectifs. Pour chacun d’eux la rancœur et la culpabilité s’affiche dans les bulles dessinée surgissant dans le cadre avec les personnages honnis/adorés de Joey, le Hep Cat et Sally Cat (dessiné par Feiffer). Resnais tisse des moments cruels (la scène de l’appartement où elle rejette son père, celle elle se cache à la sortie de vernissage) puis touchant pour l’exprimer telle cette belle séquence où Elsie fond en larmes devant la bienveillance maternelle de la bourgeoise Micheline Presle. Cette attirance/rejet des personnages s’illustre aussi dans l’esthétique de leurs environnements, à mi-parcours la grisaille parisienne laissant place à la campagne et ce château surgissant de la brume comme dans un conte.

En filigrane l’amour de la bd et culture américaine de Gauthier se comprendra mieux aussi dans cette seconde partie où l’on découvre l’aristocratie provinciale dans laquelle il a grandi et ses moyens d’y échapper. Ce cadre clos et cette unité de temps avec un bal costumé de personnages de bd rejoue finalement une variante moderne de La Règle du jeu (1939) en témoignant d’un monde en déliquescence. Il s’agira moins ici de la société que du monde intérieur que se sont façonnés les personnages dans les clichés entrevus durant la première partie. Comédie de boulevard, marivaudage et les moments intimes plus attendrissants, tout y passe sans être toujours réussi. Le personnage du réalisateur américain gueulard et alcoolique est définitivement trop caricatural (républicain fan de Reagan en plus du reste, peut-être conçu sur le modèle de Peckinpah semble-t-il) et alourdit grandement l’ensemble. Par contre les rencontres et retrouvailles inattendues qui (re) nouent des liens sont magnifiques. Elsie grimée en Titi peut redevenir la petite fille que réconforte son père dans une cache d’enfant, Joey et son aigreur attendrit l’aristocrate blasée Micheline Presle pour un délicieux moment de romantisme décalé. 

Le leitmotiv et titre du film I Want to Go Home exprime surtout une volonté des personnages de trouver leur place, dans un ailleurs inconnu où qu’ils ont toujours connu. L’endroit où l’on s’est traîné de force devient celui de l’amour et de l’apaisement pour Joey dans un superbe final où le langage du dessin transcende celui de la langue dans une belle communion collective. Ce lieu qu’on voulait fuir s’avère le seul vrai où s’épanouir réellement pour Elsie. Resnais emprunte finalement une forme plus virevoltante et lumineuse pour évoquer des thèmes voisins de son Providence (1977), Mon oncle d’Amérique (1980) ou L’Amour à mort (1984). L’égo, la destinée, le spectre de la mort et de l’oubli, tout cela peut se surmonter par un grand éclat de rire masquant l’angoisse dans I Want to Go Home. Imparfait certainement (et gros échec commercial à sa sortie) mais un des Resnais les plus attachant.


Sorti en dvd zone 2 français chez Mk2

lundi 11 décembre 2017

Strange Days - Kathryn Bigelow (1995)


Los Angeles, quelques jours avant l'an 2000, Lenny Nero un flic déchu reconverti en dealer de clips prohibés, utilisant la technologie SQUID, capable d'enregistrer les flux du cortex cérébral et de les restituer à l'identique, reçoit un blackjack anonyme : l'assassinat en direct d'une de ses amies...

Kathryn Bigelow avait signé son film le plus populaire avec le cultissime Point Break (1991),  œuvre où s’épanouissait enfin pleinement dans le fond et la forme sa quête d’un cinéma purement sensitif capturant frontalement l’adrénaline. Point Break constituait une prise de distance de la réalisatrice avec un passé arty et politisé qui se ressentait dans ses premiers films, que ce soit la forme maniérée de Loveless (1982), le western revisité de Au Frontières de l’aube (1987) et le féminisme de Blue Steel (1990). Strange Days constituera donc l’alliance de tous ces penchants avec son mélange de science-fiction, de thriller et de préoccupations socio-politiques. Au départ il y a un traitement de James Cameron écrit en 1986 que le réalisateur propose à la Fox dans le cadre d’un deal où le studio s’engageait à produire trois projets qu’il leur proposerait (True Lies (1994) et Titanic compléteront le contrat). Entretemps il soumet le sujet à Kathryn Bigelow alors son épouse et au fil des réécritures le propos se fait plus ample. Cameron était surtout intéressé par les possibilités de la réalité virtuelle (dans un concept proche du Brainstorm (1983) de Douglas Trumbull ainsi que l’histoire d’amour tandis que Kathryn Bigelow va y ajouter toute la facette politique. Elle s’inspire notamment de faits divers contemporains tels que l’affaire Rodney King et les émeutes qui s’ensuivirent mais aussi de l’affaire Bobitt quant à la violence faite aux femmes.

L’intrigue se déroule la veille du passage  l’an 2000 dans une société où s’agite un tumulte intime et collectif. On y échange sous le manteau les enregistrements de la technologie SQUID, capturant et permettant de revivre les expériences les plus extrêmes et étranges à travers le regard d’un autre. L’ancien flic Lenny (Ralph Fiennes) vivote en revendant ses enregistrements, paumé et extérieur au monde qui l’entoure. L’errance du personnage se dessine d’abord de manière superficielle dans ses tenues clinquantes et sa gouaille de bonimenteur pour vendre ses vidéos les plus croustillantes. On comprendra alors que cette dérive découle de la rupture amoureuse avec Faith (Juliette Lewis) dont il ne s’est jamais vraiment remis. C’est la façon pour la réalisatrice de montrer cette dualité constante de la quête de sensation de ses protagonistes en faisant partager les deux usages qu’à Lenny du Squid. Ce sera d’abord la pure excitation avec une saisissante entrée en matière où l’on partage l’expérience d’un violent braquage qui tourne mal. Le parti pris de la séquence de poursuite à pied de Point Break est poussé ici à l’extrême avec une subjectivité stupéfiante tant par l’aspect sensitif palpable que par la fluidité des mouvements à une époque où nombre d’outil actuel facilitant cette approche (mini caméra et autres Gopro) n’existaient pas. L’autre aspect sera plus sentimental avec un Lenny revivant encore et encore les jours heureux de sa romance avec Faith.

Cette incertitude entre l’intime et le collectif se joue également par le détachement de Lenny envers son environnement et ses interlocuteurs. Kathryn Bigelow montre un cadre de guérilla urbaine permanent et incandescent que notre héros traverse sans réellement s’en préoccuper, tout à ses petites affaires et son obsession de Faith. Il en va de même pour son amie Macey (Angela Bassett) dont il abuse également de la bienveillance. Une intrigue de polar à tiroir par le prisme de cette technologie par donc ramener notre héros au réel, les autres « expériences » virtuelles se délectant d’un sadisme bien humain décuplé par l’outil et en capturant un instantané insoutenable d’un quotidien de violence policière raciste. Kathryn Bigelow ôte toute l’adrénaline ou la mélancolie inhérente aux précédentes visions pour nous plonger dans un voyeurisme dérangeant d’une scène de viol du point de vue de l’agresseur puis dans le témoignage involontaire d’un meurtre de sang-froid. Le montage alterné donne autant à voir l’excitation et le processus de l’agresseur que le dégout du « spectateur », puis la stupéfaction et la frayeur du témoin de la violence policière. Le refuge virtuel est perverti et ramène Lenny à l’injustice du monde qui l’entoure et sa propre détresse personnelle. 

Ralph Fiennes est formidable en irrésolu dépressif aussi roublard que vulnérable et le triangle amoureux entre celle qu’il poursuit en vain (Faith) et celle qui l’aime en dépit de tout (Macey) est particulièrement touchant. Tout le récit hésite ainsi entre énergie et spleen, entre course contre la montre chargée d’action et introspection. Lenny semble toujours subir les évènements et suivre l’enquête plus qu’il ne la mène, tandis que les deux héroïnes amène cette dimension électrisante par leur présence rock’n’roll (fulgurantes scène de concert où se devinent la future carrière musicale de Juliette Lewis qui chante réellement) ou s’avère des forces de la nature avec une Angela Basset hargneuse. 

Les figures féminines sont les mauvais génies ou les anges gardien d’hommes perturbés dont le cheminement sera (pour Lenny,  le manger véreux joué par Michael Wincott et le détective incarné par Tom Sizemore) de rester accro et se perdre dans un univers d’illusion ou se raccrocher à une réalité qu’il faut bousculer. Les archétypes du film noir sont habilement revisités (le héros paumé, la femme fatale, l’enquête labyrinthique) et magnifiés par la veine intimiste et engagée du film. Les scènes entre Ralph Fiennes et Angela Bassett sont poignantes dans leur douleur et complicité muette, jusqu’à ce bouleversant dialogue où ils partagent de manière croisée leur souffrance d’un amour inconditionnel et non réciproque.

C’est particulièrement vrai pour Angela Bassett superbe de dévotion et de résignation contenue dans chacun de ses regards vers Lenny. Le contexte explosif rend toujours plus intense ces différentes émotions contrariées et Kathryn Bigelow excelle à rendre l’atmosphère de poudrière de ce Los Angeles post affaire Rodney King – et paradoxalement mieux dans la pure fiction de Strange Days que dans le récent Detroit ou les faits réels semblent presque la corseter malgré des séquences réussies. Le chaos urbain adjacent semble toujours plus se rapprocher dans le déroulement de l’intrigue (et un coup de théâtre ramenant la question politique au centre des enjeux) mais aussi la mise en scène de Bigelow. Simple arrière-plan des vitres de voiture de Lenny conducteur indifférent ou passager distrait, la tension raciale et la loi martiale policière offrent des visions d’apocalypse de plus en plus tangibles. 

Les flammes de l’enfer se déchaînent (éteintes par un James Cameron qui réussit à caser une scène de noyade) et la révolte gronde, personnifiés par les figures démoniaques des flics véreux (Vincent d’Onofrio expressif à souhait) et par une foule poussée à bout par l’écart de trop dans un puissant final. L’adrénaline ramenée au réel n’est plus source de dérive vaine mais de réparation de l’injustice filmée avec une rage puissante par Kathryn Bigelow. C’est cependant cet ardent baiser final simultané à l’entrée dans le nouveau millénaire qu’on retiendra, pour un renouveau intime et collectif. Malgré de bonne critique, le film sera un cuisant échec au box-office et source d’un injuste traversée du désert pour la réalisatrice jusqu’à Démineurs (2009).

Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

vendredi 8 décembre 2017

Il était une fois en Chine 3 : Le Tournoi du Lion - Wong Fei Hung III: Si wong jaang ba, Tsui Hark (1993)


L'impératrice douairière décide dans le plus grand secret d'instaurer la compétition de la Tête de Lion, qui doit distinguer les plus grandes écoles de kung-fu de Chine.

Le Tournoi du Lion est le troisième film de Tsui Hark consacré à l’icône chinoise Wong Fei Hung après les mémorables Il était une fois en Chine (1991) et La Secte du lotus blanc (1992). Le film signe vraiment la conclusion d’une trilogie, que ce soit dans l’équipe artistique (Tsui Hark à la mise en scène, Jet Li incarnant Wong Fei Hung et Rosamund Kwan en Tante Yee) les thématiques et les arcs narratifs des différents personnages. Trois autres films suivront mais où le casting changera, pour des épisodes indépendants et moins cohérent en plus d’être artistiquement très inférieur (La Danse du dragon (1993) tout juste correct, Dr Wong et les pirates virtuose qui voit le retour de Tsui Hark à la mise en scène et Dr Wong en Amérique (1997) catastrophique).

Wong Fei Hung (Jet Li) représente tout au long de la trilogie l’hésitation de la Chine entre une dangereuse ouverture aux occidentaux et un tout aussi néfaste repli sur soi. Dans Il était une fois en Chine une sous-intrigue montrait  à la fois le danger de cet attrait de l’ailleurs (des migrants chinois vers les USA réduits en esclavage) tout en affirmant les beautés et curiosités de cette culture occidentale à travers le personnage cosmopolite de Tante Yee. La Secte du lotus blanc illustrait également les travers d’un peur de l’étranger virant au fanatisme. Le Tournoi du Lion fonctionne sur un même équilibre avec une compétition instaurée par l’Impératrice suscitant à la fois intimidation et barbarie parmi la population mais aussi une exposition aux complots des services secrets russes. Wong Fei Hung tout en cherchant à maintenir le calme ne peut se départir de sa méfiance envers « l’autre » d’autant qu’il représente ici un rival amoureux avec le russe Tumanovsky (John Wakefield catastrophique comme tout européen dans une production hongkongaise). Dans les deux premiers volets Tsui Hark avait ramené l’intouchable personnage de Wong Fei Hung à échelle humaine à travers l’interprétation de Jet Li, entre mythe et homme-enfant dépassé. Toute l’idée était de fusionner ce mythe aux faillites humaines de l’homme, que ce soit dans cette ignorance de l’étranger et sa maladresse amoureuse avec Tante Yee. C’est ce pont indécis qui le faisait osciller d’un statut à l’autre.

Le Tournoi du Lion voit Wong Fei Hung se montrer plus ouvertement vulnérable émotionnellement, amoureux transi et/ou jaloux de Tante Yee sans pouvoir le cacher sous la posture héroïque. Les scènes romantiques maladroites dégagent donc un charme fou en montrant un Wong Fei Hung dépassé par ses sentiments, perdu face à un premier baiser ou trop démonstratif en retrouvant Tante Yee qu’il pensait parti. C’est précisément en rendant son héros plus humain que Tsui Hark refaçonne le mythe malicieusement par le prisme de la modernité occidentale. Après l’appareil photo des deux premiers films, c’est cette fois le cinéma et le vingtième siècle qui accompagne l’aventure avec la présence d’une caméra. Au départ l’objet est juste une astuce de scénario où la caméra filme une péripétie invisible, mais il servira aussi à refaire de Wong Fei Hung une figure de cinéma en capturant ses démonstrations martiales. 

C’est cet accomplissement et identité de nouveau complète qui est au cœur du film. Cela est d’autant plus vrai que Le Tournoi du Lion tout en étant toujours aussi généreux et virtuose dans l’action ne comporte pas d’antagoniste (Donnie Yen dans La Secte du Lotus blanc) ni de morceau de bravoure aussi mémorable (le combat sur les échelles de Il était une fois en Chine) que les volets précédents. Le méchant est assez caricatural et l’adversaire le plus intéressant est Pied-bot (Hung Yan-yan), un être qui se cherche également et donnera lieu à une des plus belles scènes du film quand la bête sauvage est apaisée par la bienveillance de Wong Fei Hung. 

Les scènes de bataille du du tournoi du lion sont également l’occasion pour Tsui Hark de renouveler l’action des premiers films. Le réalisateur joue moins sur les pures joutes martiales et les techniques pour plutôt miser sur une frénésie d’adversaires et d’obstacles. On oscille entre une furie annonçant The Blade (1995) comme la séquence où Wong Fei Hung stoppe une bagarre de rue, et une stylisation dans les moments plus acrobatiques et chaotiques dans le découpage furieux du tournoi. Le climax où il rejoue à sa façon celui de L’Homme qui en savait trop est un des sommets de Tsui Hark. La trilogie s’achève en beauté et après avoir rénové un mythe national, Tsui Hark allait en chambouler un autre cinématographique en s’appropriant la figure du sabreur manchot dans The Blade.

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez HK Vidéo